Photo en noir et blanc d'un couloir faiblement éclairé

6 conseils pour débuter en photographie d'architecture

Publié le 14 août 2026 par MPB

Chaque genre photographique semble avoir ses petites « règles » tacites. En portrait, on veut des yeux parfaitement nets. En photographie animalière ou de nature, on recherche la précision. Et en architecture, on se retrouve vite à traquer la moindre ligne qui penche.

Ian Howorth, qui se décrit lui-même comme un novice en photographie d’architecture, s’est prêté à l’exercice au Barbican, emblème de l’architecture brutaliste londonienne. Perspective, composition, choix du matériel : il partage ce qu’il a appris sur le terrain.

Ses conseils pour photographier l’architecture :

  • Expérimente avec un objectif à décentrement et bascule

  • Pense à photographier en noir et blanc

  • Aligne les bords des bâtiments avec ton cadre

  • Donne vie à tes images architecturales

  • Utilise un trépied

  • Pratique régulièrement pour entraîner ton regard

La photographie d’architecture m’a toujours fasciné, autant pour son aspect technique que pour sa dimension artistique. Je la vois comme une sorte de collaboration entre l’architecte et le photographe, même si l’architecte n’en a pas forcément conscience. Il faut repérer les lignes et les formes qui dialoguent entre elles, mais aussi essayer de comprendre l’intention derrière le bâtiment.

Et puis il y a un autre défi : trouver son propre regard. Face à un dédale de briques, de béton, de lignes et de volumes, qu’est-ce qui mérite vraiment de devenir une photo ? C’est là que les choses deviennent intéressantes.

3 objectifs adaptés à la photographie d'architecture

Canon TS-E 17mm f/4 L, Canon TS-E 24mm f/3.5 L II et Canon TS-E 90mm f/2.8 d'occasion

1. Expérimente avec un objectif à décentrement et bascule

Comme j’avais accès à des objectifs à décentrement et bascule, autant profiter de l’occasion pour les mettre à l’épreuve. Ils peuvent aussi s’utiliser comme des objectifs classiques, ce qui me laissait une certaine liberté. J’ai donc choisi de travailler avec le Canon 17mm f/4 L, le TS-E 24mm f/3.5 L II et le TS-E 90mm f/2.8, montés sur un Canon EOS R5 grâce à un adaptateur Canon EF-EOS R.

Je suis arrivé au Barbican par une journée plutôt terne. Pas de pluie, heureusement, mais une météo hivernale typiquement londonienne. Sur le moment, je me suis dit qu’un rayon de soleil aurait sans doute créé des formes plus intéressantes. Finalement, cette lumière sans grand spectacle s’est révélée plutôt utile : elle m’a obligé à me concentrer sur l’architecture elle-même, sur les bâtiments, les volumes et les structures.

Pas de lumière spectaculaire sur laquelle compter pour donner de la force aux images. Il fallait aller la chercher ailleurs. La prise en main des objectifs à décentrement et bascule m’a d’abord demandé un peu de temps, notamment pour corriger la perspective. Sur les structures isolées, les choses étaient relativement simples : en jouant à la fois sur mon positionnement et sur les mouvements de l’objectif, j’arrivais à obtenir des lignes globalement droites.

Photo en noir et blanc de piliers en enfilade

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 90mm f/2.8 | 90mm | f/7.1 | 1/100 | ISO 400

Au départ, je pensais surtout utiliser le 24mm TS-E et laisser le 90mm de côté. Non seulement je devais encore me familiariser avec le tilt-shift, mais le 90mm est aussi une focale que j’utilise rarement en dehors du studio. Et pourtant, c’est justement lui qui m’a réservé une surprise. Je me suis rendu compte qu’il était tout aussi intéressant de se rapprocher de ces imposantes structures en béton que de prendre du recul pour montrer l’ensemble.

Photo en noir et blanc d'un angle de bâtiment

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 90mm f/2.8 | 90mm | f/9 | 1/60 | ISO 1250

Premier enseignement : un objectif à décentrement et bascule n’est absolument pas indispensable pour se lancer dans la photographie d'architecture. L’essentiel reste de réussir ses images avec le matériel dont on dispose. C’est même un excellent moyen d’entraîner son regard. Je me suis surpris plusieurs fois à utiliser les réglages du tilt-shift alors que je n’en avais pas vraiment besoin, simplement parce qu’ils étaient là.

Avoir trois focales à disposition n’a d’ailleurs pas forcément simplifié les choses. Passer constamment de l’une à l’autre tout en restant attentif au lieu s’est révélé assez difficile. Avec un seul de ces trois objectifs, j’aurais probablement obtenu de très bonnes images aussi, tout simplement parce que j’aurais été obligé de me concentrer sur une seule façon de cadrer.

À force de changer d’objectif, j’ai commencé à avoir peur de passer à côté d’une image. Je basculais sans cesse entre plans larges et cadrages plus serrés. C’est peut-être très personnel, mais c’est un point à garder en tête lorsqu’on part photographier avec plusieurs focales fixes.

Canon EOS R5 d'occasion sur fond bleu

Canon EOS R5 d'occasion

Pour travailler avec des objectifs à mise au point manuelle, un appareil photo hybride peut en revanche être particulièrement pratique. Mes trois objectifs tilt-shift étaient entièrement manuels, et le focus peaking s’est révélé très utile. Avec le 90mm en particulier, je pouvais contrôler précisément la zone de netteté et sécuriser ma mise au point.

2. Pense à photographier en noir et blanc

Je savais dès le départ que je voulais me concentrer sur la lumière et les formes, donc j’avais prévu de photographier en noir et blanc. Je tenais aussi à utiliser des profils monochromes pour ne pas me laisser distraire par la couleur. Pour moi, le noir et blanc, c’est avant tout une affaire de composition, de tonalités et de formes.

J’aime cette façon plus épurée d’aborder une scène. La voir directement en monochrome m’aide à repérer ce qui compte vraiment dans l’image dès la prise de vue. Mais rien ne t'oblige à faire pareil. Si tu hésites, tu peux parfaitement photographier en couleur et décider ensuite de convertir tes images en noir et blanc. En revanche, si tu sais déjà que tu veux du monochrome, essaie de penser ton image directement en noir et blanc.

Photo en noir et blanc du Barbican

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 90mm f/2.8 | 90mm | f/7.1 | 1/60 | ISO 1250

3. Aligne les bords des bâtiments avec ton cadre

L’image ci-dessous est la toute première photo que j’ai prise ce jour-là, et je savais déjà assez précisément ce que je voulais en faire. L’idée était d’aligner les côtés du grand bâtiment avec les bords du cadre. Les bâtiments de part et d’autre passaient au second plan. Celui de gauche n’est d’ailleurs pas parfaitement droit, mais ce n’est pas vraiment gênant.

J’ai vite découvert qu’un objectif à décentrement et bascule ne fait pas de miracles. C’est particulièrement vrai lorsque les sujets se trouvent à des hauteurs différentes. Il suffit d’orienter l’appareil vers le haut pour que la perspective affecte tous les bâtiments du cadre. Les mouvements de l’objectif m’ont permis de limiter le phénomène, mais pas de le faire disparaître complètement.

Il fallait donc choisir : quel bâtiment devait vraiment guider la composition ? Entre l’angle de prise de vue, la perspective et les différences de hauteur, impossible de tout aligner parfaitement.

Photo en noir et blanc d'une haute tour de Londres

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 24mm f/3.5L II | 24mm | f/9 | 1/160 | ISO 400

La scène suivante était heureusement beaucoup plus coopérative. Les deux bâtiments situés aux extrémités avaient presque la même hauteur et une orientation similaire. Un simple ajustement avec le 24mm a suffi pour obtenir le résultat recherché.

Photo en noir et blanc d'un ensemble de bâtiments à Londres

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 24mm f/3.5L II | 24mm | f/7.1 | 1/80 | ISO 400

4. Donne vie à tes images architecturales

Avoir des lignes bien droites, c’est une chose. Faire une photo intéressante, c’en est une autre. La photographie d'architecture ne se résume pas à corriger la perspective : il faut aussi montrer ce qui donne son caractère à un bâtiment. À ce stade, la question n’est plus seulement technique. Il s’agit plutôt de se demander : qu’est-ce qui fait l’atmosphère de cette scène, et comment la faire ressortir en photo ?

Photo en noir et blanc des courbes d'un bâtiment à Londres

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 17mm f/4 L | 17mm | f/13 | 1/50 | ISO 640

Ici, il m’a fallu ajuster légèrement mon cadrage. Je sentais que la courbe risquait de prendre trop de place et de reléguer le bâtiment au second plan. Or, ce qui m’intéressait vraiment, c’était la relation entre la perspective et cette ligne courbe. Les nuages menaçants, eux, apportaient juste ce qu’il fallait de tension à la scène.

Photo en noir et blanc d'un angle en saillie de bâtiment

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 90mm f/2.8 | 90mm | f/9 | 1/80 | ISO 640

Le Barbican est l’un des ensembles emblématiques de l’architecture brutaliste. Pour lui donner vie en photo, il faut chercher les angles, observer la lumière et tirer parti des contrastes naturels qu’elle crée avec les textures.

Plus tu pratiques, plus tes choix deviennent instinctifs. Tu comprends peu à peu ce que tu as envie de montrer, ce que tu préfères laisser hors du cadre et la manière dont tu veux représenter un lieu. C’est ainsi que se construit un langage visuel personnel. Quelques repères sont précieux quand on découvre une nouvelle pratique, mais il faut aussi se laisser la liberté d’explorer, d’expérimenter et de suivre son instinct.

Photo en noir et blanc du côté d'un escalier

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 90mm f/2.8 | 90mm | f/9 | 1/30 | ISO 400

5. Utilise un trépied

Emporte un trépied et, surtout, utilise-le ! J’avais bien le mien avec moi. Je ne m’en suis simplement jamais servi. J’avais peur qu’au Barbican, il me donne une allure un peu trop « pro » et qu’on finisse par me demander de partir. Avec le recul, il m’aurait pourtant été bien utile sur plusieurs prises de vue.

D’abord, un trépied permet de mieux contrôler la profondeur de champ et d’utiliser des ouvertures plus petites sans devoir augmenter l’ISO ni compromettre la qualité d’image. J’ai obtenu de très bons résultats à main levée, mais certaines images auraient clairement bénéficié d’une ouverture plus petite et d’une profondeur de champ plus importante.

Ensuite, les mouvements d’un objectif à décentrement et bascule peuvent être très subtils. Essayer de les régler précisément à main levée ne facilite pas vraiment la tâche. Avec un point de vue parfaitement stable, les ajustements deviennent plus simples et le travail plus précis et plus cohérent.

Photo en noir et blanc d'un couloir faiblement éclairé

Ian Howorth | Canon EOS R5 | TS-E 24mm f/3.5L II | 24mm | f/7.1 | 1/40 | ISO 400

6. Pratique régulièrement pour entraîner ton regard

La composition joue un rôle tellement important en photographie d'architecture que je me suis immédiatement surpris à examiner chaque recoin du cadre avant d’appuyer sur le déclencheur.

Et c’est sans doute l’un des meilleurs exercices que cette pratique puisse offrir. À force d’observer chaque sujet, chaque ligne et chaque détail, le regard s’affine. On apprend à repérer ce qui apporte quelque chose à l’image, mais aussi — et c’est tout aussi important — ce qui n’a rien à y faire.

Que la photographie d'architecture devienne l’une de tes pratiques principales ou simplement un exercice occasionnel, elle t’oblige à regarder ton cadre avec davantage d’attention.

Et ce réflexe te servira partout ailleurs, quel que soit le matériel que tu utilises.


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